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Elisabeth

Quand on ramasse la pluie, quand il fait froid ou très chaud, ce n’est pas toujours facile. La dernière fois, sous le déluge j’ai eu envie de démissionner. Mais, quand on en a besoin, on le fait. 

Paris (75) | 900€/MOIS

Depuis le mois d’octobre, c’est la même routine. Chaque matin, du lundi au vendredi, Élisabeth, gilet fluorescent sur le dos, entame sa journée de travail comme agent de traversée scolaire. Un emploi qu’elle n’aurait jamais imaginé exercer à l’aube de ses 70 ans. « Mais tant que je peux rester debout, je le ferai », affirme-t-elle, la voix abîmée par des années de tabagisme. Le choix, de toute façon, cette retraitée ne l’a pas.

« Des sacs plus chers que ma paie »

À 68 ans, Élisabeth s’apprête à fêter sa dixième année sans cancer. Le 11 novembre, elle compte bien célébrer cette victoire. Une rare occasion de réjouissance. « J’ai quand même bien profité de la vie », glisse-t-elle avec un sourire nostalgique, évoquant ses années de jeunesse à Paris.

Arrivée de Lyon à 17 ans, Élisabeth a connu la liberté de la capitale, enchaînant les petits boulots : femme de chambre, aide-ménagère, serveuse, plongeuse. « Ma première place, c’était dans une famille à Fontenay-aux-Roses. Je m’occupais de leur belle maison. Leur fille avait presque mon âge. Ils lui offraient des sacs plus chers que ma paie ! Mais je suis partie pour la première fois en vacances à Saint-Tropez avec eux. C’est resté gravé dans ma mémoire. »

Un gap lorsqu’on la voit aujourd’hui évoluer dans son petit studio aux murs beigeâtres situé dans une résidence autonomie pour personnes âgées. Toujours mieux, cependant, que ses 15 dernières passées dans une chambre insalubre d’un hôtel du 11e arrondissement de Paris. « Heureusement, j’avais une bonne assistante sociale qui m’a trouvé ce logement ». Dans ce nouveau lieu où la décoration se fait rare, Minouche, son chat rescapé, y règne en maître. « Moi, je préfère les animaux », confie-t-elle sans détour.

« Sous le déluge, j’ai eu envie de démissionner »

Le repos mérité de la retraite, Élisabeth ne le connait pas. Avec 900 euros de revenus, elle a dû se résoudre à reprendre le travail. « Qu’est-ce que vous voulez faire, c’est comme ça », soupire-t-elle. Un emploi en extérieur qui la soumet aux aléas météorologiques. « Quand on ramasse la pluie, quand il fait froid ou très chaud, ce n’est pas toujours facile. La dernière fois, sous le déluge j’ai eu envie de démissionner. Mais, quand on en a besoin, on le fait. »

Succinctement elle évoque alors les difficultés rencontrées ces dernières années : un dossier de surendettement à la Banque de France, des problèmes de santé et une démoralisation qui l’a poussée à chercher de l’aide auprès des Petits Frères des Pauvres. Embarrassée, elle reconnaît : « Ça m’a servi de leçon. » Aujourd’hui enfin, elle estime respirer davantage : « Tout ça est réglé, je vais pouvoir mettre un peu de côté ».

« Je ne travaille pas pour des cafés »

Mais le budget reste serré. Avec environ 300 euros de reste à vivre une fois le loyer et les charges payés -mutuelles, assurance habitation, téléphone -, Élisabeth se contente de ce qu’elle a. Elle guette les promotions, fréquente les magasins discount, limite les petits plaisirs. « Quand j’ai une heure de pause au travail, j’évite de dépenser. Je ne travaille pas pour des cafés. »

Alors, elle trouve des réjouissances là où elle peut. On l’entend se dire ravie d’avoir perdu un peu de poids grâce à son job, de plaisanter avec les parents d’élèves ou encore les personnes âgées qu’elle croise.

Dans des cahiers d’écolier transformés en albums photos, elle garde quelques traces de sa vie passée. On la voit plus jeune chez des amis perdus de vue, ou bien dans son ancienne chambre d’hôtel défraichie aux côtés de ses feus chats. Sur la table basse du salon, une photo de groupe est encadrée : un souvenir d’un voyage en Tunisie organisé par les Petits Frères des Pauvres et les Avions du Bonheur. Son regard s’attarde sur cette image d’elle à Djerba en 2019. Une expérience qu’elle aimerait bien revivre un jour. « J’ai vu une publicité à la TV pour le Maroc ou la Tunisie : 500 euros tout compris pour une semaine hors saison. »

Alors qu’elle évoque ses projets d’économies, la réalité la rattrape soudainement. D’abord, il faudra changer la télévision qui ne tiendra plus longtemps. Surtout, il faudra s’offrir une paire de chaussures imperméables pour la rentrée, quand le travail reprendra.

En 2015, peu après son opération d’un cancer du pancréas, Élisabeth découvre les Petits Frères des Pauvres. Confrontée à des problèmes de santé et de dettes, elle se tourne vers l’Association en quête de soutien. Élisabeth participe régulièrement aux activités cuisine le dimanche, où elle aide à la préparation des repas et partage un moment convivial avec d’autres bénéficiaires et bénévoles.

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« Avant, je regardais par la fenêtre. Maintenant, je regarde vers l’avenir. Faites découvrir l’histoire de Marguerite à vos proches. »

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