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Daniel

On m’a dit : “Tout seul dans un HLM, tu ne vas pas y arriver”. On m’a presque forcé pour venir ici. 

Rezé (44) | 980€/MOIS

« Baroudeur, il aime vivre libre et le dira spontanément. » À lire les quelques lignes de présentation envoyées par la bénévole des Petits Frères des Pauvres, on imaginait un Daniel loquace. Prêt à raconter des aventures que peu d’entre nous auraient vécues. Baroudeur, s’il l’a été autrefois il n’en reste plus rien. Le voilà à 76 ans, dans un petit studio niché dans un immeuble de l’agglomération Nantaise. L’endroit est un peu exigu, on ne sait où s’asseoir. Il laisse la chaise par courtoisie. Lui, choisira le petit lit au milieu de la pièce. Une jambe dans le vide, une autre repliée sous lui, le bras droit en appui et le buste contre l’oreiller.

Daniel n’est pas impoli, ni rustre, ni désagréable. Il a la voix douce et le sourire désolé. Possiblement mal à l’aise avec l’exercice. Avant tout, blasé. Il accuse la chaleur de l’été : « Sinon, sans ça, ça irait, je serai en forme ». Pourtant, Daniel a un regard qui raconte qu’il en a vu d’autres. C’est depuis que les problèmes de santé sont arrivés que tout a dégringolé. De l’arthrose qui l’oblige à se déplacer avec une canne. Et par la même occasion le mental a suivi. Il lâche : « Quand tu peux plus te déplacer et que tu dépends de quelqu’un, c’est énervant ».

« C’est juste un choix de vie. »

Difficile, à le voir ainsi, de l’imaginer dans ses années glorieuses de joueur de poker à Monaco. « J’avais beaucoup de chance à cette époque. C’est comme ça que je gagnais ma vie, j’avais un appartement, une voiture. » Sans l’expliquer, il raconte avoir tout revendu pour partir en Amérique du Sud. Brésil, Pérou, Chili… Il est remonté en stop jusqu’aux États-Unis. Le périple a duré six ans. Dans son ancienne vie, Daniel a aussi été pêcheur en Norvège, raseteur en Camargue, livreur à Paris. Jamais il ne dira vraiment pourquoi, ni comment. « C’est juste un choix de vie. Je me suis dit que si je travaillais dans une usine toute ma vie ça ne me plairait pas. »

Il est arrivé à Nantes en 1996 par hasard : il s’est endormi dans le train alors qu’il allait à un festival à La Rochelle. Il y a deux ans, une assistante sociale lui a trouvé cet appartement. À condition qu’il se mette sous curatelle. « On m’a dit : « Tout seul dans un HLM, tu ne vas pas y arriver. On m’a presque forcé pour venir ici. » Mais la situation ne le dérange pas totalement : c’est vrai qu’il n’aime pas trop faire la paperasse. Et l’association qui se trouve au rez-de-chaussée s’occupe de gérer certains dossiers pour lui. « Avec la vieillesse, on perd un peu la mémoire. C’est énervant. À la retraite, je me suis dit que j’allais être tranquille, mais non. »

« Ça remet plein de choses en question. »

C’est lorsqu’il a rencontré les Petits Frères des Pauvres, il y a deux ans, qu’il s’est rendu compte de ce que c’était la vieillesse. Et que ça la concernait lui aussi. « Ça remet plein de choses en question. » Ce qui est sûr, ce qu’il ne finira pas dans un EHPAD. Pas comme certains malheureux qu’il croise à l’Association. « Je préfère encore être à la rue. »

Il y a quelques années, il vivait de l’allocation adulte handicapée. La retraite s’est tout juste alignée sur le même montant : 980 euros. Il ne sait pas pourquoi. Il a bien essayé de toucher un peu plus, mais l’administration l’a vite rattrapé. Il rit et hausse les épaules comme quelqu’un qui aurait tenté un coup de bluff, puis aurait été démasqué. « Ça a marché deux mois, ensuite, ils m’ont dit : “Non, non, vous allez toucher la même pension qu’avant”. » La somme passe essentiellement dans le loyer -280 euros de sa poche -, les paniers-repas livrés le midi et l’auxiliaire de vie. Les sorties sont limitées. Pour s’occuper, il regarde la télé, bouquine, reçoit des visites de temps en temps. La vie de sédentaire. « Ah oui, ça aussi, c’est énervant. »

Daniel est accompagné par les Petits Frères des Pauvres depuis deux ans. Jeux, discussions et sorties permettent de rompre quelque peu son isolement. Un séjour de vacances à Cabourg et à Noirmoutier lui ont permis de renouer avec le voyage. Daniel est toujours en quête de sortir de chez lui pour se retrouver dans des lieux publics où l’ambiance y est stimulante et joyeuse.

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« Avant, je regardais par la fenêtre. Maintenant, je regarde vers l’avenir. Faites découvrir l’histoire de Marguerite à vos proches. »

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