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Alice

Je n’aime pas déranger. Je suis habituée à vivre comme cela. Mais, c’est vrai que, parfois, j’ai le cœur lourd.

Montreuil (93) | 600€/MOIS

Le soleil de l’après-midi filtre à travers les stores à moitié baissés de l’appartement HLM situé au cinquième étage d’une tour de Montreuil. Dans ce décor figé, Alice, 79 ans, semble suspendue entre deux mondes. Face à la table à manger qui trône au milieu du salon elle se tient immobile dans son fauteuil, une canne à portée de main.

Dans la pièce, des meubles en formica d’un autre temps côtoient bibelots et cadres photo, témoins silencieux d’une vie passée. Née en Algérie, Alice a traversé une existence mouvementée avant de s’installer dans cette banlieue parisienne. Son parcours l’a menée d’Israël, où elle a servi dans l’armée, à la France. Des expériences qui ont forgé son caractère bien trempé. Aujourd’hui, elle mène ses dernières batailles quotidiennes dans cet appartement.

Infirmière de formation, Alice a travaillé à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris avant de déménager en Dordogne avec son premier mari. Cette période sombre, marquée par les mauvais traitements de sa belle-mère, la pousse à fuir. De retour à Paris, elle séjourne plusieurs mois à l’hôtel avant de retrouver un poste à l’hôpital et de dénicher un logement à Montreuil. C’est ici qu’elle élèvera ses trois enfants, aujourd’hui âgés de 39, 40 et 52 ans, tous désormais partis en Israël.

À 60 ans, un AVC chamboule sa vie. Après trois mois de coma et un an de rééducation, elle doit réapprendre à marcher, à parler et à vivre avec l’usage d’un seul bras. « On fait avec. Mais je n’imaginais pas ma vie comme cela : handicapée », lâche-t-elle, son franc-parler intact malgré des difficultés d’élocution qui persistent. Durant sa convalescence, elle rencontre Claude, son deuxième mari, un joyeux luron qui prendra soin d’elle jusqu’à son dernier souffle. « Il est tombé de fatigue à force de s’occuper de moi. », livre-t-elle. Avec lui ses rêves d’acheter une maison en Israël disparaissent également.

La solitude du quotidien est adoucie par la présence discrète de Lydie, son chat. « Je ne sors pas sans être accompagnée, c’est compliqué avec ma canne, les portes du hall d’entrée sont difficiles à pousser. » L’ascenseur de l’immeuble parfois capricieux et l’appréhension du quartier qu’elle juge trop dangereux ont réduit son univers à ces quatre murs.

Avec une retraite de 600 euros par mois, gérée par un tuteur, Alice se contente de plaisirs simples. La télévision et quelques livres sont devenus ses principales occupations. Elle évoque avec nostalgie ses talents culinaires d’antan. « Avant, je faisais tout moi-même », soupire-t-elle, en montrant les petits pains industriels qui ont remplacé ses préparations maison. Son auxiliaire de vie se charge de lui faire les courses quelques fois dans le mois. Dans le cellier, des boîtes de conserve sont empilées. Dans le frigo, quelques pêches côtoient des bouteilles d’eau. « Le soir je mange une soupe, je fais ma toilette, puis je me mets au lit. », conclut-elle.

Les visites sont rares, limitées à quelques bénévoles des Petits Frères des Pauvres et des fidèles de sa synagogue qui lui apporte des vivres les jours de shabbat. « Je n’aime pas déranger. Je suis habituée à vivre comme cela. Mais, c’est vrai que, parfois, j’ai le cœur lourd », fini-t-elle par confier.

Alors que le jour décline, Alice se tourne dans son fauteuil, Lydie lovée à ses côtés. D’un geste devenu automatique, elle allume la télévision. Les premières notes du dernier tube de Julien Doré s’élèvent, mélancoliques. Dans le silence de l’appartement, Alice chantonne les paroles d’une chanson qu’elle semble désormais connaître par cœur. Sa voix, soudainement douce, fluette, se mêle à celle de l’artiste : « Si tu savais comme c’est beau. Si tu voyais comme c’est beau… »

Depuis cinq ans, Alice est accompagnée par Les Petits Frères des Pauvres. Des bénévoles lui rendent visite une fois par semaine, offrant une présence régulière dans son quotidien. Alice a participé à un séjour de vacances en Bretagne, où elle a pu voir la mer. Cette expérience lui a permis de sortir de son environnement habituel et de vivre de nouveaux moments. Alice a développé une relation particulière avec Anne, une bénévole de l’association. Bien qu’Anne ait quitté la région, l’accompagnement se poursuit avec d’autres bénévoles assurant une continuité dans son soutien.

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« Avant, je regardais par la fenêtre. Maintenant, je regarde vers l’avenir. Faites découvrir l’histoire de Marguerite à vos proches. »

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